La procrastination, ça vous dit quelque chose? C’est un terme utilisé pour désigner la tendance à remettre systématiquement au lendemain une ou des actions. En premier lieu, je dois avouer que je n’aime pas particulièrement ce mot qui m’interpelle et qui, en plus, est difficile à prononcer. Ce mot si descriptif existe depuis fort longtemps.
Dans certains ouvrages datant du 17e siècle, on utilisait déjà ce terme dans
des récits historiques décrivant l’arrivée tardive de
l’armée sur le lieu d’une bataille. En d’autres mots, les renforts sont
arrivés trop tard. Est-ce le cas avec vos bonnes idées, vos bonnes intentions, voire
vos bonnes résolutions?
Le but de cette communication est de permettre un temps de réflexion sur cet état d’esprit si répandu et en même temps si incompris. Il n’y a aucune validation scientifique qui viendrait étayer cet article, seulement l’opinion d’une personne dont les cheveux grisonnants lui confèrent une certaine aisance à s’exprimer.
La majorité des articles sur le sujet proposent des solutions afin d’éviter la procrastination. Mais il y en a d’autres, dont j’endosse ouvertement la position, qui démontrent que la question n’est pas d’éviter la procrastination mais plutôt de l’utiliser à bon escient. D’une façon simpliste, il existe trois grandes subdivisions dans la procrastination. On reporte une ou des actions pour :
Le dernier comportement en est un de bonne procrastination. Une approche intéressante qui vient équilibrer ma réaction réfractaire à ce terme.
Nous ne sommes pas des machines réglées au quart de tour, qui concentrent leur énergie uniquement sur les priorités et les choses importantes. Dieu merci, nous sommes des humains et à ce juste titre, nous revendiquons le droit à des comportements plus en lien avec nos états d’âme qu’avec certaines priorités du moment. Toutefois, il y des conséquences plutôt négatives lorsqu’on opte pour la mauvaise procrastination qui, comme on l’a rappelé plus haut, consiste à reporter au lendemain des actions à faire pour vaquer à l’exécution de tâches moins importantes ou tout simplement pour ne rien faire. Cela ne me ressemble pas, vous direz-vous. Qu’à cela ne tienne, nous invoquerons l’AUTRE, que nous désignons ainsi pour les fins de cet article, comme le coupable.
Je considère que tout report d’une action comporte toujours et systématiquement un risque et une conséquence qui peuvent être ou pas significatifs. À titre d’exemple, la réservation d’une table pour deux à notre resto préféré, peut être remise au lendemain sans aucun problème. Le risque est peut-être la non-disponibilité de l’heure ou de la table désirée, ce qui somme toute n’est pas grave; au pire, le resto affichera complet. Catastrophe ou impact anodin, seul l’AUTRE (celui qui reporte au lendemain pour les mauvaises raisons) le saura.
Dans un milieu de travail, ce ne sont pas les occasions de procrastiner qui manquent. Ces dernières sont présentes quotidiennement. Entre vous, moi et l’AUTRE, si le terme de procrastination n’existait pas, il faudrait sûrement l’inventer!
Mais concentrons-nous sur l’utilisation à bon escient de la procrastination. Pour moi, la clé se trouve dans la gestion du temps et des priorités. En état de crise où certains livrables sont impérativement requis à une date et à une heure butoir, la loi de Murphy nous guette et amène immanquablement un défi imprévu. Le manque de temps et de ressources nous force à quitter les sentiers battus afin de respecter l’échéancier. Quoiqu’héroïque, cette approche est indéfendable à long terme. À titre d’exemple, des états financiers qui ne balancent pas en fin de mois à cause d’une défaillance connue du processus ou du logiciel impliqués. Branle-bas de combat, toutes les ressources disponibles et même les ressources indisponibles sont mises à contribution. Le département des miracles ouvre toutes grandes ses portes et après d’intenses émotions et frustrations, le projet est mené à terme malgré ces horribles conditions. Le fait que la défaillance soit connue et que cette dernière soit la cause de l’état d’urgence laisse croire qu’il y a possiblement eu procrastination mais qui sait, au moment du report, il y avait peut-être une autre urgence plus critique!
Finalement, je commence à me faire une opinion moins sévère sur ce terme et à force de l’utiliser, je trouve sa prononciation plus facile. Il y a peu de choses binaires dans la vie. Nos quotidiens respectifs sont composés d’une grande zone grise qui nous amène à solliciter cet inévitable report d’actions au lendemain en optant pour la procrastination. Par contre, un choix demeure nôtre, j’ai nommé le recours à la bonne procrastination. Laissons donc à l’AUTRE la moins bonne.
Alain Desjardins